Concertations nationales Les travaux préparatoires dans l’impasse
Les travaux préparatoires des Concertations nationales sont dans l’impasse. La Majorité présidentielle, l’Opposition politique et la Société civile ne parviennent pas à accorder leurs violons quant à l’immunité des participants, le quota réservé à chaque composante, la sécurité des participants, le caractère opposable à tous des conclusions des assises, etc.
Les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat sont interpellés, d’autant que dans leur mission de direction des Concertations nationales, ils doivent prendre toutes les mesures en vue de la bonne tenue et de l’aboutissement heureux de ces assises.
Du Palais du peuple où se tiennent les travaux préparatoires aux Concertations nationales, nous apprenons que les violons ne semblent pas s’accorder entre les différentes composantes. Il s’agit de la Majorité présidentielle, l’Opposition politique, sans oublier la Société civile. D’aucuns avaient pensé que le groupe de contact viendrait arranger les choses, surtout après l’amendement du règlement intérieur. Mais, on se rend de plus en plus compte que les « Conclavistes » veulent tirer les choses en longueur. D’ailleurs à la plénière d’hier au Palais du peuple, les participants se sont séparés en queue de poisson.
La preuve de la mauvaise foi des Conclavistes n’est pas à chercher loin. Elle est à trouver au sein même de ce groupe de contact où certains membres ont soumis des points qui n’ont rien à avoir avec l’esprit et la lettre des Concertations nationales. C’est ainsi que plusieurs préalables ont été avancés. Il s’agit notamment des immunités des participants, du quota réservé à chaque composante, de la sécurité des participants, du caractère opposable à tous des conclusions des assises, etc.
La pomme de discorde
Avant toute chose, il sied de souligner que dans son Ordonnance du 26 juin 2013, le chef de l’Etat Joseph Kabila avait fixé des objectifs clairs aux concertations nationales qui sont entendues comme une réunion de toutes les couches sociopolitiques de la Nation afin de réfléchir, d’échanger et de débattre, en toute liberté et sans contrainte, de tous les voies et moyens susceptibles de consolider la cohésion nationale, de renforcer et étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national en vue de mettre fin aux cycles de violence à l’Est du pays, de conjurer toute tentative de déstabilisation des institutions et d’accélérer le développement du pays dans la paix et la concorde.
Le contexte étant déjà défini, on ne pouvait pas accepter que certains pêcheurs en eaux troubles viennent perturber la démarche. Car, si l’on est arrivé jusqu’à ce niveau, c’est parce que le Présidium a été obligé de fléchir devant les « Conclavistes de Limeté », vu qu’on ne pouvait plus demander au chef de l’Etat de signer une autre Ordonnance.
Mais là où le bât blesse, c’est lorsque les « Conclavistes » se comportent comme des gens à qui l’on a donné la main, mais en revanche voudraient avoir tout le bras. Une démarche qui est déjà vouée à l’échec et qui ne sera pas avantageuse pour le pouvoir en place. Car en effet, lorsque l’Opposition exige des immunités pour le compte des participants, au motif qu’il faut garantir ceux qui ont des points de vue contraires à ceux du pouvoir public, on veut pousser le Présidium à la faute, en violant tout simplement la loi.
Interrogé par le Journal L’Avenir, Clément Kanku se permet même de dire qu’il sera débattu des questions éminemment politiques, mais qui ont des aspects juridiques qu’il faut absolument trouver de garantie pour ceux qui vont venir participer aux Concertations. Et de continuer en arguant qu’il y aura des gens qui viendront de la diaspora et qui ont peut-être de petits soucis avec le pouvoir en place. En plus, il y a des gens qui vont s’exprimer sur de questions fâcheuses, des questions d’ordre sécuritaire, qui doivent le faire en toute sérénité et qui ne doivent pas être soumis à une menace de qui que ce soit et même du pouvoir public. Raison pour laquelle l’Opposition estime que ce point doit être inscrit au règlement intérieur.
Sur cette question, la Majorité présidentielle est conséquente avec la volonté du consensus, mais qu’on ne peut pas attendre de garanties supplémentaires d’autres structures qui n’ont aucune qualité. Surtout que l’objectif des Concertations n’est pas de blanchir les personnes recherchées par la justice ou les condamnés.
Pour le président de l’ADH, le chef de l’Etat et le Présidium (Aubin Minaku et Léon Kengo) doivent prendre langue avec les Nations Unies, l’Union Africaine pour rassurer les participants. « Les immunités ne peuvent être données que par la loi. Aux concertations, on ne vote pas les lois. Mais les engagements politiques doivent être de l’émanation des personnalités, des autorités et des structures compétentes », dit-il.
Joseph Kabila garde le leadership
Un autre problème et non des moindres a été à la base de l’échec des travaux d’hier. Il s’agit de la sécurité des participants. Pour les opposants, avec en tête Azarias Ruberwa du RCD/Goma, la sécurité des participants doit être assurée par la Monusco. Une idée que la Majorité au pouvoir n’a pas partagée.Elle estime que la Police nationale congolaise est compétente et est qualifiée pour bien protéger tous les participants. Et ce, peu importe leurs lieux de provenance ou bien tout ce qu’ils vont déclarer.
Le pouvoir de tout Etat est d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national. Il ne faut pas avoir la mémoire courte pour oublier que tout est fait dans le souci de créer une cohésion, afin de faire face à la menace de balkanisation de la Rd Congo. Si une telle démarche doit se faire pour l’intérêt du pays, pourquoi voudrait-on être à tout prix sécuriser par la Monusco ? Qu’est-ce qui est caché derrière cette demande ?
Un bon nombre de participants, surtout de l’Opposition, estiment que les conclusions des Concertations doivent être opposables à tous, même au chef de l’Etat. Une position que ne partage pas Joseph Bangankya, président national de l’Alliance de Démocrates Humanistes (ADH), qui estime que les Concertations ne sont pas le lieu indiqué pour élaborer les recommandations qui ont un caractère opposable. Selon lui, déjà l’appropriation par les Institutions du pays des conclusions des Concertations leur donne un caractère opposable.
D’ailleurs, l’article 12 de l’Ordonnance présidentielle est clair là-dessus lorsqu’il dispose « qu’à l’issue de leurs travaux, les Délégués aux Concertations nationales remettent au Président de la République, par le Présidium, les conclusions auxquelles ils ont abouti, assorties des recommandations formulées sur des questions visées à l’article 10 de la présente Ordonnance.
Le Président de la République rend compte desdites conclusions et recommandations à la Nation devant l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès, en présence des Chefs des Corps Constitués et des Invités. » Voilà qui doit calmer les ardeurs de cette opposition dont on sait que l’intérêt général n’est qu’un cadet de leurs préoccupations.
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