Runiga et Ntaganda à Kigali. Le Rwanda doit prouver sa bonne foi
Le rêve de Jean-Marie Runiga, président déchu du M23, celui de devenir président de la République, ne se traduira jamais en réalité, car il a déjà goûté à la vie du camp de refugiés à l’Est de Goma sur le sol rwandais, avant d’être arrêté par les autorités rwandaises. De même, selon Lambert Mende, le général Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), a quitté samedi l’Est de la République démocratique du Congo pour se rendre au Rwanda voisin
En vertu de l’accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la Région des Grands Lacs signé le 24 février par onze pays, le Rwanda doit cette fois-ci prouver de sa bonne foi en n’accueillant pas Jean-Marie Runiga et Bosco Ntaganda. D’autant que les pays de la Région s’engagent à ne pas héberger ni à fournir une protection de quelque nature que ce soit aux personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, d’actes de génocide ou de crimes d’agression, ou aux personnes sous le régime de sanctions des Nations Unies.
Est-ce la fin d’une aventure pour le bishop Runiga ou le début d’une période très compliquée pour lui et pour son protecteur Bosco Ntaganda ? Cette question mérite d’être posée au lendemain de l’arrestation par les autorités rwandaises de Jean-Marie Runiga, chef d’une faction de la rébellion du M23, active dans l’Est de la Rdc. Selon la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, l’ex-chef rebelle du M23 a été arrêté en territoire rwandais et se trouve détenu dans un endroit tenu secret. Des centaines de rebelles proches du général Bosco Ntaganda se sont réfugiés au Rwanda également.
Ces combattants ont été désarmés et conduits dans un camp de transit, a précisé la ministre Mushikiwabo. D’autres rebelles se seraient rendus aux forces des Nations Unies dans ce qui s’apparente à une victoire des forces fidèles au général Sultani Makenga. La faction pro-Makenga a annoncé, samedi, la fin de ses opérations militaires visant à traquer le groupe d’indisciplines à la solde du général Bosco Ntaganda.
Les mêmes sources indiquent que le général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), a quitté samedi l’Est de la République démocratique du Congo pour se rendre au Rwanda voisin, a souligné hier dimanche le gouvernement de Rdc. Le général mutin a traversé hier (samedi)" et il est au Rwanda aujourd’hui, a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.
Rebelle devenu général de l’armée de Rdc, puis radié, Bosco Ntaganda fait l’objet de deux mandats d’arrêts de la CPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis dans la région de l’Ituri (nord-est de la RDC) en 2002 et 2003. Selon le porte-parole du gouvernement, il a traversé la frontière en même temps que des centaines de combattants d’une faction de la rébellion congolaise du Mouvement du 23 mars (M23), faction qu’il est accusé de diriger.
Respecter l’accord-cadre
Interrogé par les confrères de Afp, Lambert Mende a demandé au Rwanda de ne pas accueillir non seulement Jean-Marie Runiga, mais aussi Bosco Ntaganda. Et ce, en vertu d’une disposition de l’accord-cadre sur l’accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la Région signé le 24 février par onze pays, et selon laquelle, les pays de la Région s’engagent à « ne pas héberger ni fournir une protection de quelque nature que ce soit aux personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, d’actes de génocide ou de crimes d’agression, ou aux personnes sous le régime de sanctions des Nations Unies ». « Nous attendons de voir comment Kigali va exécuter ses engagements », a déclaré Lambert Mende.
C’est donc une occasion unique qui est donnée au Rwanda pour prouver de sa bonne foi, prouver à la face du monde qu’il n’a jamais soutenu les rebelles du M23 et qu’il est prêt à les transférer devant la Cour pénale internationale (CPI). Ceci pour dire que si le Rwanda, soucieux de protéger ses pillons, construit pour eux un paradis doré, un peu à l’exemple du sort réservé à Laurent Nkunda, il aura prouvé aux yeux du monde qu’il n’était pas pour la paix dans la Région. Ainsi, il aura donné assez d’arguments à la Rd Congo pour s’en méfier davantage.
Etant donné que la politique est dynamique, le Rwanda qui s’est compromis par le passé en protégeant les criminels qu’ils envoient tuer en Rd Congo, risque d’avoir toute la communauté internationale sur ses dos. Ce qui va une fois de plus ternir ses relations, lorsqu’on sait que plusieurs de ses soutiens sont entrain enfin de comprendre que le problème était plus le Rwanda, que la Rd Congo.
Le rêve brisé de Runiga…
Jean-Marie Runiga rêvait de devenir président de la République. Son rêve ne se traduira jamais en réalité, car il a goûté à la vie du camp de refugiés à l’Est de Goma sur le sol rwandais, avant d’être arrêté, selon les autorités rwandaises. Jean-Marie Runiga, ce pasteur innocent qui est entré dans le jeu politique et hégémonique du Rwanda et de Bosco Ntaganda aurait fait son histoire d’une année en avril prochain à la tête d’un complot contre la Rdc. En réalité, le pasteur est vraiment innocent, car tout homme est faillible.
Ses amis de l’autre M23 de Makenga et Bisimwa lui reprochent seulement son arrogance, car il étai grisé par les premiers succès militaires du M23 « unis » de juin 2012 à février 2013. Depuis la chute de Goma le 21 novembre 2012, Jean-Marie Runiga était intenable. Sa contradiction permanente avec Sultani Makenga était visible même devant la presse. Quand le 27 novembre 2012 le M23 est sommé de quitter Goma, le général Makenga accepte mais Runiga dit qu’il va administrer la ville même sans les militaires qui, eux, vont aller à 20 km de Goma.
Quand son mentor et protégé Bosco Ntaganda décide unilatéralement de nommer Baudouin Ngaruye comme général en doublant Sultani Makenga, Jean-Marie Runiga obtempère, comme président du mouvement rebelle, mais il n’ose pas contredire le Terminator. Cette dualité des généraux Ngaruye et Makenga va peser sur les frêles épaules du pasteur. Le M23 joue au doucereux, en chœur, afin de bien gérer les apparences, mais le clivage est perceptible.
Quand les hommes du M23 pillent la ville de Goma, le gros du péché est sur le dos des hommes plus proches du clan Ntaganda qui se rendent aussi coupables de quelques exactions et crimes de guerre. Le clan Makenga se précipite dans un mutisme coupable, partageant le même péché par action et par omission.
Quand un jour le président Ougandais Yoweri Museveni appelle le chef politique du M23 pour une consultation en Ouganda, c’est avec vexation que Jean-Marie Runiga accepte d’y aller après avoir répondu nonchalamment au vieux Ougandais : « je suis occupé… ».Un péché de lèse-majesté qui frustre tout le M23.
Quand le dialogue de Kampala commence, le pasteur Runiga se précipite pour convoler en noces avec l’opposition politique de Kinshasa. Il présente une liste de 30 personnes dont José Makila, Joseph Olenga Nkoy ; fait venir la diaspora, flirte avec les hommes de Mbusa Nyamwisi comme André Pantanjila sans savoir que le clan Makenga ne dit pas tout haut sa prudence de ne pas mélanger les appétits politiques qui chutent sur une indigestion et une gloutonnerie qui ébouriffent la vision de conquête du pouvoir.
Quand les travaux de Kampala commencent effectivement, Jean-Marie Runiga menace d’attaquer Goma pour obtenir un cessez-le-feu avec la délégation de Kinshasa. Le M23 devient au cours des travaux un mastodonte aux idées contradictoires demandant l’amnistie générale et réclamant la dissolution de l’Assemblée nationale et du Sénat. Les rebelles du pasteur sombrent dans des revendications insensées et « illégitimes » d’exiger la vérité des urnes, la démission de Joseph Kabila, la suppression des services de sécurité, la fin des gouvernements provinciaux et des assemblées provinciales…bref un micmac des revendications étourdies dans une précipitation qui prouve que les consultations et les mises en commun au sein du M23 étaient mal façonnées.
Un président médiocre
Un membre très influent du M23 a révélé à notre source le 15 mars 2013 dans le Hall de Munyonyo Ressort Commonwealth que : « si tu veux connaître la médiocrité de quelqu’un, donnes lui le pouvoir ». Cette petite phrase en disait long sur la haine des gens de Sultani Makenga envers Jean-Marie Runiga. Quand le 16 mars 2013, le nouveau président du M23, Bertrand Bisimwa dit sur Radio Kivu1 qu’il ne veut pas commenter la mort des militaires pro-Ntaganda sur le front de Kibumba, au Nord de Goma en précisant : « ce sont nos militaires qui sont tombés en suivant les indisciplinés… » Parmi les indisciplinés dont parlait le président Bisimwa, il y aussi Jean-Marie Rugina qui s’est fait flouer par le général recherché Bosco Ntaganda.
Le 1er mars 2013, alors porte-parole du M23 et qu’il était préparé pour en devenir le président, Bertrand Bisimwa a indiqué au cours d’une interview : « je le déclare officiellement que notre président Rugina est pris en otage par la bande à Bosco Ntaganda et Baudouin Ngaruye… » Tous ces péchés de Jean-Marie Runiga ne dédouanent pas tout le M23 mais si le « tout puissant pasteur » , président du M23 qui a défié la communauté internationale en prenant la ville de Goma en novembre 2013, fini comme un trivial citoyen dans un camp de réfugiés à 20 km de Gisenyi la ville voisine de Goma où vivaient cinq à sept mille paysans venus de Masisi en mai 2012, c’est le fruit d’une inconstance d’un religieux qui voulait devenir chef de l’Etat dans une Rdc toujours à l’actualité imprévisible.
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