A Kampala. Les deux M23 divisés sur l’accord en discussion avec Kinshasa
Les combats entre les deux groupes du M23 se sont poursuivis dimanche dans les zones de Rugari, non loin de la base militaire de Rumangabo, 50 km de Goma, dans la province du Nord-Kivu, ont confirmé dimanche soir des membres des deux groupes.
L’aile de Makenga aurait réussi à prendre le contrôle du village de Rugari, chassant les troupes de Bosco Ntaganda qui essaient depuis deux jours de conquérir certains espaces dans le territoire de Rutshuru. Les deux chefs rivaux du M23, Jean-Marie Runiga basé à Kibumba et Bertrand Bisimwa dont le fief est établi à Bunagana continuent de s’accuser mutuellement.
Se confiant à une source proche de cette partie de la République, le président déchu du M23 Jean-Marie Runiga qui n’entend nullement céder son pouvoir, a mentionné un bilan de 6 militaires tués dans la région de Rugari : « depuis 4 heures du matin, les militaires de Sultani Makenga sont venus attaquer nos positions. Nos hommes ont résisté et les ont chassés. Plusieurs de ses hommes sont restés chez nous. La vérité est que Monsieur Makenga est devenu FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et c’est en cette qualité qu’il nous fait la guerre », a-t-il déclaré.
Bertrand Bisimwa confirme le massacre des militaires à Kibumba par Ntaganda, 29 tués…
Confirmant l’intensification des combats avec son rival, l’aile de Sultani Makenga, fait savoir que les hommes de Runiga sous le commandement de Bosco Ntaganda ont essayé de voler quelques armes et munitions en attaquant leurs positions nuitamment.
Bertrand Bisimwa, nouveau chef politique investi par Makenga a affirmé que le groupe de Runiga veut distraire l’opinion par des actes de provocation afin de s’attirer un peu plus d’attention : « Ntaganda, Ngaruye et Runiga ont décidé samedi matin d’attaquer notre position de Rumangabo pour prendre des armes. Ils ont déjà tué 29 de nos militaires qui voulaient les abandonner en s’évadant pour nous rejoindre. Ils ont aussi tué des civils et des cadres politiques du M23 qui voulaient revenir dans notre camp », a dit Monsieur Bisimwa.
La guerre de leadership enclenchée entre les deux blocs du M23 s’est endurcie en raison des pourparlers de Kampala qui tendent résolument vers la signature d’un accord de cessez-le-feu avec Kinshasa. Selon un délégué du gouvernement aux négociations de Munyonyo (village ougandais abritant les travaux entre le gouvernement de la RD Congo et les rebelles du M23), « ne signera l’accord de cessez-le-feu avec Kinshasa que celui qui aura souscrit aux prescrits de l’accord même ».
Le projet d’accord sous examen à Kampala prévoit entre autre l’intégration des troupes du M23 jusqu’au grade de lieutenant. Le cas de ceux des officiers supérieurs non concernés seront traités au cas par cas, a-t-on appris des sources proches de l’organisation du dialogue. Même chose pour les leaders de la rébellion dont la situation sera clarifiée à temps opportun « en tenant compte de la bonne foi notamment ».
La facilitation ougandaise embarrassée
Le facilitateur Crispus Kiyonga du dialogue entre le M23 et le gouvernement de la RD Congo multiplie des rencontres de consultation avec les délégations présentes à Kampala. Cependant, le M23 se présente désormais en deux blocs : le groupe dirigé par François Ruchogoza, président de la délégation du M23 proche de Runiga et l’équipe désormais conduite par René Abandi, nouvellement désigné président de la délégation du M23 fidèle à Sultani Makenga. Les deux tendances se frottent bel et bien dans les couloirs de Munyonyo, chacun avec son agenda politique en poche.
Les Runigistes accusant l’aile Makenga de rouler pour le gouvernement et les Makengistes traitant le camp adverse d’affairistes ne disposant aujourd’hui d’aucune qualité de représentation. Jusque dimanche, aucune plénière n’était programmée à Kampala. L’aile de Runiga toujours radicale, attendrait davantage de clarification autour des points à l’ordre du jour en ce qui concerne les questions politiques, les questions sécuritaires et les questions sociales. D’autre part, l’aile de Makenga estime avoir déjà tablé sur l’essentiel des matières inscrites dans l’agenda adopté de commun accord avec la délégation gouvernementale. D’après certaines indiscrétions à Kampala, le président Museveni attendrait de convaincre les autres grands intervenants au conflit, notamment les Chefs d’Etats de la région, afin de régler définitivement l’équation de bicéphalie que présente le M23 aux pourparlers.
L’accord pourrait intervenir après le 15 mars
Des sources proches des deux délégations ont confié qu’à l’allure où vont les consultations sur l’équation M23, « les travaux pourraient se prolonger de quelques jours encore ». Les mêmes sources affirment que « beaucoup de temps a été perdu en assistant à l’épopée M23, chose qui n’a rien aidé à l’avancement des discussions ». Pendant que les deux groupes s’affrontent sur le terrain pour arracher l’unique signature souhaitée à l’accord attendu, des contacts de haut niveau auraient été engagés afin que les dirigeants des pays concernés s’impliquent et règlent solidement la crise.
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