Dans un discours musclé prononcé avec fermeté sur l’état de la Nation, le président Joseph Kabila appelle tous les Congolais à la défense de la Patrie !
C’est plus qu’un traditionnel discours sur l’Etat de la Nation devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès au moment de la clôture de leur session de septembre que le Chef de l’Etat a prononcé ce samedi 15 décembre, mais un ferme appel qu’il a lancé à tous les Congolais pour la défense de la Patrie menacée par la guerre à l’Est du pays
Il aurait prononcé une déclaration de guerre citant clairement l’ennemi contre lequel il appelle tous les compatriotes congolais à marcher que le président de la République ne s’y serait pas pris autrement ce samedi en prononçant solennellement son traditionnel discours sur l’état de la Nation devant les deux Chambres du Parlement réunis en congrès du haut de la tribune de la Salle des Congrès au Palais du Peuple de Kinshasa au moment de la clôture de la session parlementaire de septembre.
La difficile situation de l’heure ne se prête qu’à une telle intervention di premier des Congolais puisqu’il n’est un secret pour personne que la RDC est confrontée à la guerre dans sa partie Est. L’occupation de plusieurs localités de la province du Nord-Kivu par les rebelles à qualifier carrément de terroristes du M.23 appelle à une mobilisation tous azimuts. Cela justifie la raison profonde de l’adresse du jour.
Message fort et à nul autre pareil de Joseph Kabila à la Nation !
Il s’agit même d’un deuxième discours du genre que le président Joseph Kabila a été amené à adresser à ses compatriotes en l’espace de moins d’un mois depuis l’assaut et la prise de Goma le 22 novembre par la soldatesque rwandaise camouflée en rebelles congolais du fameux M.23. On se souvient qu’au cours de l’intervention télévisée diffusée ce jour-là même du 22 novembre dernier, lors de la chute de la ville Goma, le Chef de l’Etat avait aussi demandé au peuple et à toutes les institutions du pays de se mobiliser « contre l’agression dont la RDC est victime ».
L’heureuse circonstance de sa présentation devant la Nation ne pouvait servir que de meilleure opportunité pour le président de la République de marteler plus fort encore le message de grande mobilisation de tous les Congolais face à la guerre à l’Est du pays. L’événement en valait la taille.
Rehaussée de la présence du gotha politique du pays, la cérémonie s’est déroulée devant les présidents des deux Chambres du Parlement, les membres de leurs respectifs bureaux, le Premier ministre, le Premier président de la Cour suprême de justice et le Procureur général de la République.
Après les salutations protocolaires des personnalités nationales et celles des représentations diplomatiques, le président de la République fixera les esprits en rappelant la situation et ses enjeux. Dès le début de son discours, Joseph Kabila n’a plus tourné cette fois autour du pot et a directement mis en cause le Rwanda dans la situation sécuritaire qui prévaut dans l’Est du pays en indiquant que l’objectif de cette guerre est de « susciter des foyers de tensions pour créer le chaos et ainsi justifier la balkanisation du pays ». Il déclarera que « dès lors qu’une partie du territoire se trouve en péril, c’est toute la RDC qui est concernée ».
« Tout a été dit sur l’agression de notre pays par le Rwanda. Des preuves suffisamment documentées sont fournies aussi bien par nos services spécialisés que des rapports des Nations Unies ». Le président Joseph Kabila rappellera les débuts de ce conflit en affirmant que c’est à la fin du mois de mars 2012 que « des éléments à la solde des intérêts étrangers ont entrepris de semer le trouble et la désolation dans la province du Nord-Kivu ».
« A l’origine, poursuivra-t-il, ce fut une mutinerie justifiée par les allégations de non-application de l’accord du 23 mars 2009 conclu entre le gouvernement et une trentaine de groupes armés. Aujourd’hui l’accord n’est contesté que par un seul d’entre eux. Cette mutinerie s’est ensuite muée en une rébellion aux motivations fluctuantes et élastiques variant en fonction des alliances et des circonstances. La stratégie mise en place est simple : susciter des foyers de tensions et provoquer l’insécurité en plusieurs endroits de la République, décourager les investissements et empêcher la mise en place du programme de reconstruction nationale. Bref, créer le chaos et justifier ainsi la balkanisation de notre pays ».
Exprimant le sentiment d’indignation et de frustration ressentis pour cette véritable calamité, le président qualifiera de « cauchemar que vivent près d’un million de personnes au Nord-Kivu », victimes « d’une guerre dont les véritables concepteurs et commanditaires sont aussi insaisissables que le sont leurs motivations profondes, sujet tabou parce qu’inavouable ».
Il a ainsi condamné les meurtres, assassinats, enlèvements, détentions arbitraires et pillages dont sont victimes les habitants de cette partie du pays. Par rapport à tous ceux qui ont perdu leur vie depuis le début de ce conflit, il leur rendra hommage et saluera notamment « la bravoure des militaires et policiers morts sur le champ de bataille ».
Cela n’a pas pour autant amené Joseph Kabila à un quelconque sentiment de défaitisme, bien au contraire, il se voudra optimiste pour déclarer que « N’en déplaise aux prophètes de malheur qui projettent le démembrement de notre pays, la RDC restera un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible ». Il lancera ensuite : « Il est vrai que nous avons, il y a peu, perdu une bataille, mais comme dans la vie d’un homme, un échec dans l’existence dune nation n’est pas une fatalité. Le plus important est de se ressaisir et se donner les moyens de se projeter dans l’avenir. Apprêtons-nous à défendre notre mère patrie jusqu’au sacrifice suprême. Nous ne ménagerons aucun effort pour reconquérir nos territoires occupés ».
Evoquant justement de la riposte organisée devant la situation, le président Joseph Kabila indiquera que le gouvernement a mené des actions sur trois fronts pour mettre fin à la guerre, en l’occurrence des démarches diplomatiques, politiques et militaires.
« Sur le plan diplomatique, a-t-il soutenu, la guerre au Nord-Kivu a justifié notamment la convocation en sept mois de cinq sommets extraordinaires de la CIRGL, de deux sommet de la SADC, d’une rencontre tripartite RDC-Rwanda-USA ainsi que de deux résolutions du conseil de sécurité des Nations unies ». Il indiquera que ce sont les chefs d’Etat des Grands lacs qui ont décidé du déploiement d’une force internationale neutre à la frontière entre la RDC et le Rwanda.
Sur le plan politique, il a parlé d’un dialogue que le gouvernement a engagé avec le M.23 toujours sous l’égide des Etats des Grands lacs, « afin d’éviter le prétexte de la déstabilisation ». Il signalera toutefois que selon lui, « ces échanges n’ont pour but que de clarifier les enjeux et d’établir des responsabilités dans cette guerre ».
Le président en viendra alors à dire que désormais, au-delà de toutes les actions, la priorité sera consacrée à la défense de la patrie, avec une armée dissuasive, une armée nationale, une armée apolitique et professionnelle. Bref, une armée qui rassure tout le peuple dans toute sa diversité, une armée dont le peuple sera fier et qui le soutiendra en tout temps et en toute circonstance.
C’est dans cette optique que le président de la République a dit compter poursuivre à un rythme plus accéléré le renforcement des capacités des Forces armées en laissant entendre que toutes les lois concernant la réforme des Forces armées ainsi que leurs mesures d’application allaient être scrupuleusement observées.
Au sujet précisément de cet aspect militaire, le Chef de l’Etat a promis de faire de la défense une priorité. « Certes, a-t-il notamment déclaré à ce sujet, nous poursuivons nos efforts diplomatiques mais comment ne pas constater que seule une armée républicaine forte nous permettra de sauvegarder notre intégrité et notre souveraineté ».
« Désormais, au-delà de toutes nos actions pour le développement, notre priorité sera la défense de la patrie avec une armée dissuasive, apolitique et professionnelle qui rassure notre peuple », a-t-il déclaré, appelant à un enrôlement volontaire des jeunes dans l’armée.
Le rôle de la Monusco a aussi été épinglé pour avoir droit au chapitre. Le chef d’Etat indiquera sur ce point qu’en dépit « de certaines réalisations communes indiscutables telle que la réunification du pays et l’accompagnement dans le processus démocratique, force est de constater que la crise actuelle a donné la preuve des limites de son action dans notre pays d’où une profonde frustration du gouvernement et de la population congolaise ».
Les résultats de la Monusco demeurent « mitigés », a reconnu le Chef de l’Etat, révélant que la RDC a exigé un réaménagement du mandat de la mission onusienne « pour la mettre en phase avec les réalités du terrain ». « Nous attendons des discussions actuellement en cours au Conseil de sécurité des Nations unies qu’elles aboutissent à son renforcement »,
Opportunité de sursaut national !
Le discours sur l’état de la Nation a été une occasion a été pour le Chef de l’Etat de lancer un appel à la Nation toute entière pour que désormais, celle-ci s’approprie l’enjeu de la défense nationale. De même, conformément au programme du gouvernement, il a demandé aux députés et sénateurs, chacun dans sa sphère d’action et d’influence, de sensibiliser la jeunesse à s’enrôler massivement au sein des forces de défense et de sécurité. Les efforts seront toutefois poursuivis sans relâche sur les trois fronts diplomatique, politique et militaire, jusqu’à la fin et à une paix définitive et durable pour nous-mêmes et pour la région.
« Pour nous affaiblir, a-t-il encore déclaré, la guerre nous a été imposée à nous. Il nous incombe de la transformer en opportunités. Opportunité de raffermir encore davantage notre volonté de vivre ensemble en tant que Congolais, convaincus d’être unis par le sort, et délibérément unis dans l’effort pour bâtir un pays toujours plus beau et préserver à jamais notre indépendance et notre souveraineté. »
Il s’agit donc d’une opportunité à bien saisir pour repenser nos priorités et consacrer à la défense du territoire nationale une part conséquente de nos énergies et de nos ressources, opportunité en plus de jeter des bases pour permettre au pays de devenir à tous égards, une véritable puissance, ultime assurance contre tout projet diabolique, afin de garantir la sécurité des Congolais et de leurs biens, de la paix sociale et de la stabilité nationale et régionale.
A la fin le président Joseph Kabila dira qu’au sortir de cette guerre, au regard des décisions qui seront prises et les reformes à poursuivre, par l’unité de volonté et d’action dont le peuple fera la démonstration, le message du peuple congolais à ses ennemis devra être clair et sans équivoque. Toute nouvelle tentative d’agression sera suicidaire.
Pour y parvenir, la cohésion nationale est plus que nécessaire. Elle requiert de la classe politique dirigeante qu’elle oublie les divergences, et qu’elle se retrouver autour de ce qui est le plus cher à tous : le Congo. Cette cohésion, a martelé le chef de l’Etat, ne peut souffrir d’aucune conditionnalité. Elle se réalisera dans un cadre approprié et ouvert à toutes les forces sociales et politiques du pays. Une initiative sera prise incessamment à cet effet, et les modalités de sa réalisation en seront précisées le moment venu.
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