Pourquoi le M23 veut aller plus loin que le contenu des accords du 23 mars 2009
Le Nord-Kivu est depuis une dizaine d’années en proie à l’insécurité depuis 1998, année au cours de laquelle la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD) a éclaté à Goma. Et depuis lors, des mouvements d’insurrection sont observés dans la partie Est de la République. D’abord Laurent Nkunda et Mutebusi à Bukavu en 2004, ensuite Laurent Nkunda et son CNDP original en 2007, ensuite Bosco Ntaganda et son CNDP secondaire, en 2009 et enfin le M23 à plusieurs têtes ou alors macrocéphale.
De toutes les revendications, il y a des éléments du dénominateur commun qui apparaissent dans l’une ou l’autre insurrection à savoir : les FDLR, les réfugiés congolais vivant au Rwanda, l’intégration de rebelles dans l’armée congolaise …
De l’analyse objective, il apparait que ces éléments du dénominateur commun sont pourtant au cœur de toutes les rencontres et accords qui ont eu lieu par le passé à savoir le Communiqué de Nairobi en 2007, la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement en janvier 2008, les actes d’engagement signés par les groupes armés y compris le CNDP le 23 janvier 2008, le programme amani en Avril 2008 en vue demettre en œuvre les actes d’engagement sus évoqués, les négociations de Nairobi sous la facilitation des anciens Présidents OLUSSEGUN OBASSANJO et Benjamin MKAPA, en novembre-décembre 2008 et enfin les Accords du 23 mars 2009 précédés par l’arrestation, au Rwanda, de Laurent Nkunda.
L’opinion est donc en droit de se demander pourquoi on n’en finit pas avec ces conciliabules et accords ponctués des souffrances des peuples ?
En effet, les rapports des experts des Nations Unies en disent tout lorsqu’ils évoquent l’implication directe du Rwanda.
Et cela pour plusieurs raisons, selon les analystes de la Région des Grands Lacs.
D’abord, toute l’opinion doit savoir qu’avec la guerre de 1996 avec Mzee Laurent Désiré Kabila, le Rwanda s’est vu attribuer un grand rôle dans la déchéance de la dictature de Mobutu au point que l’actuel Ministre de la défense du Rwanda a occupé les fonctions de Chef d’état-major général de l’armée congolaise à Kinshasa. Avec l’évolution de cette guerre de l’AFDL, les rwandais ont eu le temps de gouter à la gloire de richesses congolaises car l’exploitation des minerais sans contrôle aucun était devenu leur affaire. Partis en 1998, les rwandais n’ont pas compris comment le bifteck leur était interdit. De là, les rwandais ont eu le l’ambition de continuer à contrôler militairement l’Est en vue d’y installer leurs représentants militaires afin de continuer à soustraire les richesses minières à la vigilance des autorités congolaises. C’est le sens de la création du RCD, de Laurent Nkunda, Mutebusi, Bosco Ntaganda, Makenga avec des couvertures des personnalités de façade comme WAmba Dia Wamba, Emile Ilunga, AzariasRuberwa, Mbusa Nyamwisi, Dr désiré Kamanzi, Philippe Gafishi et aujourd’hui Pasteur RUNIGA.
Ensuite, le Rwanda qui veut toujours contrôler militairement le Nord-Kivu à travers les éléments ci-haut cités, veut aussi contrôler politiquement les deux provinces du Nord et du Sud- Kivu. Malheureusement les élections de 2006 et de 2011 sont venues mettre un terme à cette ambition en plaçant à la tête de ces provinces des élus qui n’ont rien à voir avec l’influence de Kigali. C’est cela qui amène Kigali à ne pas être en odeur de sainteté avec les autorités provinciales issues des élections car non pétries à l’école de la trahison pour servir de Cheval de Troie.
Ces deux éléments principaux poussent en avant l’idée de maintenir des groupes armés à la solde du Rwanda à l’Est pour continuer à gérer ce qui leur échappe politiquement étant entendu que la voie des armes peut faire fléchir le durcissement politique.
L’opinion devra donc comprendre qu’au stade actuel des pourparlers de Kampala, nous sommes revenus à la case de départ avec un mouvement dit M23 réclamant la mise en œuvre des accords du 23 mars 2009 mais avec vraisemblablement d’autres éléments à l’agenda que l’on commence à apprendre à travers les médias. Telles, la vérité des urnes, la bonne gouvernance, l’ouverture politique, la réforme du secteur de sécurité…
Tous ces éléments apparaissent parce que le M23 sait très bien que si on reste dans l’exécution des accords de paix du 23 mars 2009, il sera mis au pilori car le peu de choses qui restent à faire ne peuvent pas justifier la reprise de la guerre.
La stratégie est donc de bloquer les pourparlers de Kampala en introduisant des éléments non contenus dans les accords aux fins de continuer à demeurer militaires provinciaux du Nord et du Sud Kivu. La crainte d’être déployés ailleurs, tout le monde peut ledeviner, c’est que l’allié du M23 qui est le Rwanda n’aura pas de répondant direct militairement si tous venaient à être mutés ailleurs comme il n’en a plus politiquement avec les autorités élues au Nord et au Sud Kivu.
Et dans la foulée, aux yeux des analystes, les agitations observées ces derniers temps au Nord-Kivu où circule une pétition demandant la démission du Gouverneur du Nord-Kivu s’inscrivent dans cette démarche du M23 sous couvert des ambitieux dits notables du Nord-Kivu qui ont trafiqué des signatures du Parti présidentiel, le PPRD, pour filtrer dans l’opinion l’idée d’un désaveu du Gouverneur du Nord-Kivu.
Selon les dernières indiscrétions reçues de Kampala, cette pétition sera versée par le M23 aux pourparlers de Kampala pour exiger la démission du gouverneur du Nord-Kivu comme préalable à la poursuite des travaux de Kampala.
Comme d’aucuns peuvent le constater, la solution à la crise à l’Est demande un dialogue sincère avec le Rwanda en vue d’amener celui-ci à considérer que le Congo restera un et veillera aux intérêts du grand lacs.
Continuer à croire qu’il faudra avoir un Cheval de Troie en RDC pour mieux sécuriser le Rwanda est une utopie et donc une démarche sans lendemain.
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