Après un rapport confidentiel de la MONUSCO : HRW cloue le Rwanda
Après un rapport confidentiel de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo, Monusco, rendu public dernièrement par BBC, un communiqué de Human Rights Watch (HRW) vient une fois de plus charger le Rwanda qui continue à appuyer le M23 en combattants, en armes lourdes et munitions *HRW affirme, dans un communiqué publié ce lundi, que l’armée rwandaise est directement impliquée dans la fourniture de 200 à 300 nouvelles recrues ainsi que d’armes lourdes et de munitions aux rebelles, tout en servant de refuge à leur chef présumé Bosco Ntaganda malgré un mandat d’arrêt de la CPI *Entre-temps, des sources proches des Forces armées de la Rd Congo (FARDC),nous apprenons que les militaires ont lancé hier l’attaque pour déloger les rebelles de ces collines. Et selon les mêmes sources, les militaires ont déjà repris trois collines dont Tchanzu et progresseraient actuellement vers la colline « stratégique » de Runyonyi.
L’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch accuse l’armée rwandaise d’avoir fourni des centaines d’hommes ainsi que des armes et munitions aux rebelles du M23 en République démocratique du Congo, et de servir de refuge à leur chef présumé Bosco Ntaganda malgré un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Après le rapport interne de l’ONU, révélé par la BBC la semaine dernière, selon lequel 11 combattants du M23 avaient déclaré avoir été recrutés et armés au Rwanda, Human Rights Watch affirme dans un communiqué publié ce lundi que l’armée rwandaise est directement impliquée dans la fourniture de 200 à 300 nouvelles recrues ainsi que d’armes lourdes et de munitions aux rebelles.
Deux sons de cloche
Des combattants qui ont quitté les rangs du M23 ont également déclaré à Human Rights Watch qu’ils ont vu au Rwanda le général rebelle Bosco Ntaganda, considéré par les analystes et par les autorités congolaises comme le véritable responsable de la nouvelle rébellion qui secoue l’Est du Congo depuis deux mois. Samedi dernier, Kinshasa a estimé, dans un communiqué que les informations données par les combattants capturés « confirment le recrutement forcé des jeunes mineurs d’âge par les mutins tant au pays même qu’à l’étranger ». De son côté, la ministre des Affaires étrangères rwandaise Louise Mushikiwabo a, comme à ses habitudes dans cette affaire qui met aux prises les deux pays voisins,démenti catégoriquement et à plusieurs reprises l’implication de son pays dans le conflit en Rdc. Et même dans un communiqué publié peu avant le rapport d’aujourd’hui, elle venait de qualifier les travaux de Human Rights Watch de « simplistes », « irresponsables » et « aussi dangereux que des balles ou des machettes ». De leur côté, le général Ntaganda et les dirigeants du M23 ont eux aussi rejeté les rapports qui les accusaient de collaborer entre eux ou avec le Rwanda.
Mutinerie à l’Est ou une initiative rwandaise ?
Selon plusieurs enquêtes menées actuellement par les autorités congolaises et par les Nations Unies, la mutinerie en cours d’une partie de l’armée nationale, qui a déjà causé de nombreux drames humains et des déplacements massifs de population, serait activement soutenue, notamment en hommes, depuis le Rwanda. Tels sont les premiers éléments de ces enquêtes que nos confrères de la RFI ont pu rassembler. À ce jour, au moins cinquante-et-un combattants de nationalité rwandaise se sont rendus aux autorités en Rdc. Un témoignage qui en dit long. Vingt-quatre sont hébergés dans le camp de la force de paix des Nations Unies, la Monusco, à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu ; treize autres sont entre les mains de l’armée régulière (Fardc), et enfin quatorze qui étaient arrivés à la Monusco le 17 mai dernier ont disparu, probablement reconduits en toute discrétion au Rwanda.
HRW et Monusco accablent le Rwanda
Le lundi 28 mai dernier, la fuite d’un rapport confidentiel de la Monusco faisait état des premiers onze jeunes Rwandais, dont un mineur, qui avaient déserté le mouvement rebelle M23, composé à priori de déserteurs congolais. L’armée Fardcavait alors lancé une vaste offensive contre le M23, dans les collines autour de la ville frontalière de Runyioni. Le lendemain, soit le mardi 29 mai, le Rwanda avait vivement démenti avoir envoyé des hommes sur le sol congolais. Faisant l’autruche, la Monusco va se dédouaner prudemment en déclarant que « les autorités rwandaises ne pouvaient pas être mises en cause ». Le gouvernement congolais a lui aussi adopté un profil bas, évitant toute surenchère à l’égard de son voisin. « Ce sont des individus qui se déclarent Rwandais, mais nous n’en avons pas la preuve », affirmait samedi le ministre porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende. Les onze premiers à s’être rendus à la Monusco ont été interrogés les 29 et 30 mai derniers, par des officiers congolais et rwandais, à l’intérieur du camp de l’ONU à Goma, en présence de témoins membres de la force des Nations unies.
La Rdcet le Rwanda entretiennent, depuis 2009, une commission conjointe qui vient d’être réactivée.Mais elle pourrait faire long feu au vu des réponses à ces interrogatoires, du reste accablants pour le Rwanda. Les résultats de ces auditions ne laissent en effet plus de doute sur le caractère systématique du recrutement et de l’envoi de ressortissants rwandais vers la RDC, où ils combattent l’armée régulière aux côtés des mutins. Ces Rwandais ne sont pas des soldats professionnels, apprend-on de bonne source. Ils sont jeunes, à peine vingt ans, de milieu rural défavorisé, recrutés pour la plupart dans les collines de Mudende, à quelques kilomètres de la frontière congolaise.
Plusieurs témoignages de ces jeunes Rwandais ramènent à un personnage : un bouvier - un gardien de vaches - qui joue le rôle d’agent recruteur dans la région de Mudende. Il approche les jeunes désœuvrés des villages et leur dit « qu’il y a de l’embauche dans l’armée rwandaise ». Quand il rassemble suffisamment de volontaires, il organise lui-même le transport par autobus, et les recrues sont rassemblées à Kinigi, à l’entrée d’un parc naturel célèbre pour ses gorilles. Leurs effets personnels, cartes d’identité, téléphones portables et argent liquide rwandais sont confisqués. De là, privés de toute identification, ils partent en colonnes à pied vers la forêt de Runyioni, subissant au passage une formation militaire sommaire ; et ils se retrouvent en territoire congolais.
De nombreuses désertions au M23
Runyioni est la place forte des mutins du M23. Ils y tiennent deux collines frontalières du Rwanda que les Fardcs’efforcent de reprendre depuis plusieurs semaines. C’est la plupart du temps en fuyant les bombardements que les jeunes recrues se sont rendues à la Monusco ou aux FARDC. Beaucoup auraient réussi à rejoindre leurs villages, d’autres seraient encore en train d’errer dans cette région forestière.
L’un des rescapés de cette fuite a raconté avoir croisé au moins une soixantaine de jeunes en train de fuir. « Arrivés à Runyioni, nous avons vu des militaires blessés », a-t-il dit aux enquêteurs. « Nous avions peur, nous étions démoralisés, nous n’avions à manger que quelques pommes de terre ». « Au début, on nous employait à chercher de l’eau et du bois, à porter des caisses de munitions, et installer les bâches des bivouacs, mais quand les bombardements ont commencé, il fallait que l’on aille sous le feu récupérer les blessés dans les trous de fusiliers ». « On m’a envoyé chercher des bambous pour confectionner des brancards », déclare l’un d’eux, « j’en ai profité pour m’échapper en longeant une rivière ». Après deux jours de marche, certains de ces jeunes en fuite ne savaient plus s’ils se trouvaient au Congo ou au Rwanda quand ils sont arrivés à proximité d’un camp de la Monusco à Rugari du côté de la RDC.
Interrogés par les enquêteurs congolais et onusiens sur les raisons de cette guerre, ces jeunes recrues ne savent pas grand-chose. « On nous a dit qu’il fallait que l’on défende ceux qui parlent notre langue, que le gouvernement congolais combattait la langue rwandaise, et que nous devions nous battre pour la protéger ». C’est de ces rangs qu’au quotidien des défections sont enregistrées. A cette allure certes, les vaillants Fardc auront une longueur d’avance acquise.
« Une agression préméditée »
Tous ont entendu dire que leur « grand chef » était le général Bosco Ntaganda, et qu’il leur rendrait visite à la fin de leur formation, mais ils déclarent ne l’avoir jamais vu. Bosco Ntaganda, recherché pour crimes de guerre par la CPI, a longtemps été protégé par les autorités congolaises, avant de prendre le maquis. Le nom d’un autre chef du M23 présent à Runyioni est souvent cité : le Major Rukara. Mais « aucun major Rukara ne figure dans les registres de l’armée congolaise », affirme une source militaire, ajoutant qu’il s’agit probablement d’un officier venu « d’un pays voisin ».
Un autre élément trouble les enquêteurs congolais et onusiens : les premières défections des proches de Bosco Ntaganda au sein des FARDC datent du 9 avril dernier. Or, plusieurs des recrues rwandaises déclarent avoir été acheminées sur le territoire congolais dès le mois de février. « C’est la preuve d’un plan minutieusement préparé de longue date, une infiltration pour une agression préméditée », dit un responsable qui tient à garder l’anonymat.
Plus troublant encore : les FARDC affirment détenir, à Goma, neuf anciens miliciens des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui auraient rejoint le M23, après avoir été désarmés et rapatriés au Rwanda par la Monusco. Ce groupe rebelle a été constitué à l’origine par d’anciens militaires des Forces armées rwandaises, accusés d’avoir perpétré le génocide de 1994, avant de fuir vers le Congo lors de l’arrivée au pouvoir du président Kagamé. Les FDLR – théoriquement en lutte contre le régime de Kigali – mènent cependant leurs actions meurtrières uniquement sur le territoire congolais. Ce mouvement est en principe le pire ennemi du Rwanda.
L’ingérence rwandaise, un secret de polichinelle
Le gouvernement congolais sera-t-il amené à hausser le ton vis-à-vis de son voisin ? « C’est très difficile », avoue un conseiller ministériel. « Pour cela, il faudrait que nous soyons bien épaulés par la communauté internationale ». « Le régime rwandais bénéficie de beaucoup de soutien, bien plus que nous », ajoute-t-il.
La Monusco prendra-t-elle une initiative pour stopper cette ingérence qui met en péril la paix qu’elle essaie difficilement de préserver depuis plus de dix ans ? L’opinion congolaise en doute. Depuis 1994, l’ingérence rwandaise à l’Est est un secret de polichinelle. Que vont devenir ces dizaines de jeunes enrôlés entraînés malgré eux dans une guerre qui ne les concerne pas ? En toute logique, ils devraient être rapatriés. C’est d’ailleurs leur souhait. « Mais nous avons peur », déclarent-ils aux enquêteurs. « Ceux qui nous ont recrutés et qui ont confisqué nos papiers pourraient se venger, après tout ce que nous avons révélé à la Monusco ».
Les FARDC déterminés
Après environ une semaine d’accalmie, nous apprenons que des combats opposent depuis hier lundi 4 juin dans la matinée les militaires congolais et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) dans les collines de Runyoni, près de la localité de Bunagana en territoire de Rutshuru. Selon les habitants de Bunagana, c’est depuis 5 heures locales que des tirs à l’arme lourde sont entendus. Des sources des Forces armées de la RDC (FARDC) dans la région signalent que ce sont les militaires qui ont lancé l’attaque pour déloger les rebelles de ces collines. Les mêmes sources affirment que depuis le début des combats, les militaires ont déjà repris trois collines dont Tchanzu et progresseraient actuellement vers la colline « stratégique » de Runyonyi.
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