Goma, le 26-02-2010
Réunion d'évaluation, accord de Goma : Le Cndp exige la présence Raymond Tshibanda
Pour le Cndp, le gouvernement n'a pas rempli 80% de son contrat par rapport à l'accord de paix signé à Goma. Le Cndp tient à la présence de Raymond Tshibanda afin de leur expliquer leur absence au gouvernement de la Rdc. Est-ce du ministre de la Coopération internationale et régionale, Raymond Tshibanda, que le Cndp avait reçu les assurances de participer au gouvernement ?
L'ancien mouvement rebelle qui a semé la mort à l'Est de la Rdc pendant près de quatre ans, ne décolère pas depuis qu'il s'est rendu compte qu'aucun de ses membres n'a été nommé dans Muzito II. Cette situation coïncide, malheureusement ou heureusement, selon qu'on se situe de tel ou tel autre côté, avec la réunion d'évaluation de l'Accord de paix de Goma. Pour le Cndp, c'est l'occasion propice pour cracher son amertume. Plutôt que de boycotter comme par le passé cette réunion, le Cndp veut la mettre à profit pour se faire entendre.
Raymond Tshibanda ou rien ?
Pour la circonstance, le Cndp tient à la présence de Raymond Tshibanda et l'exige. Cela a eu pour conséquence, la non tenue de cette réunion prévue hier vendredi à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. La délégation gouvernementale doit nécessairement, estiment les dirigeants du Cndp, être conduite par celui qui, non seulement avait conduit la délégation gouvernementale à ces négociations, mais aussi est le président du comité national de suivi. Pour cette raison, Raymond Tshibanda, selon les dirigeants du Cndp, doit personnellement être présent à cette importante réunion d'évaluation.
Pour les dirigeants de cet ancien mouvement rebelle, c'est pour la première fois que Raymond Tshibanda se fait prier pour se rendre à Goma dans le cadre de cet accord. Ils y voient anguille sous roche. Le ministre de la Coopération internationale et régionale qui a été reconduit à ce poste, a une excuse. Son horaire ne lui permettait certainement pas de se partager entre le Conseil des ministres de la Sadc dont il est le président et la réunion d'évaluation de l'Accord de paix de Goma. Le Cndp a préféré attendre pour enlever au ministre congolais ce prétexte. La question que l'on se pose est celle de savoir si, finalement, après la réunion des ministres de la Sadc, Raymond Tshibanda va répondre à l'appel du Cndp.
Et si Tshibanda n'y allait pas ?
Par conséquent, ce n'est qu'une partie remise. Mais si Raymond Tshibanda pour telle raison ou une autre, serait empêché, il n'est pas le gouvernement congolais. Le chef de l'Etat et le Premier ministre peuvent désigner une autre personne pour représenter le gouvernement à cette réunion. Le Cndp n'a pas de raison d'exiger Tshibanda ou rien. A moins que les dirigeants du Cndp nous disent qu'il y aurait eu des engagements en aparté pris par le ministre de la Coopération internationale et régionale, Raymond Tshibanda. Si par contre, il s'agit d'évaluer l'accord signé et dont les clauses apparaissent au grand jour, la présence de Raymond Tshibanda à cette réunion n'est pas obligatoire.
Le Cndp se trouve donc dans son élément, sur son terrain de prédilection, celui du chantage. Autant le gouvernement n'impose pas au Cndp la composition de sa délégation à cette réunion, autant il est mal venu que ce mouvement exige des personnes dans la délégation gouvernementale. Cette attitude démontre que le Cndp n'a pas encore rempli sa part de contrat. Car, le plus grand contrat à signer dans cette affaire, c'est de savoir que la Rdc est sortie de l'ère de combines politiciennes ayant pour motivation première, le partage du pouvoir. L'autre part du contrat que le Cndp devrait respecter, c'est que la Rdc est régie par une Constitution qui s'impose à tout le monde.
Des raisons fallacieuses
Les raisons que le Cndp avance pour expliquer son exigence d'avoir Raymond Tshibanda à la table d'évaluation, ne se défendent pas. Le fait pour le ministre de la Coopération internationale et régionale d'avoir conduit les négociations qui ont abouti à cet accord ne le substitue pas au gouvernement congolais. Raymond Tshibanda serait permuté ou aurait quitté le gouvernement à la suite du dernier remaniement, le Cndp irait-il toujours le chercher pour participer à cette réunion d'évaluation qui est plus une question des experts ?
Le fait pour Raymond Tshibanda d'être le président du comité de suivi de cet accord ne le rend pas irremplaçable. Le Cndp peut également être à la recherche d'un mécanisme de blocage. Cela ne l'avancera en rien de se tromper de stratégie et d'époque. Il est clair que le Cndp attend Raymond Tshibanda les pieds fermes pour lui demander des comptes sur leur absence au gouvernement. Est-ce du ministre de la Coopération internationale et régionale que le Cndp a obtenu des assurances que l'accord n'explicite pas au sujet de la participation au gouvernement ? Si telle est la raison de la présence exigée de Raymond Tshibanda à Goma, le Cndp se trompe dans la mesure où, n'importe quel autre délégué du gouvernement à cette réunion d'évaluation pourra lui donner la réponse qu'il attend.
Le contrat, ce ne sont pas seulement les postes ministériels
Il est vrai que le ministre de la Coopération internationale et régionale était président de la délégation gouvernementale aux négociations et qu'il est le président du comité de suivi de l'accord issu de ces négociations, cela ne fait pas de lui le meilleur sinon l'unique évaluateur de cet accord. En outre, que le Cndp estime que le gouvernement n'aurait pas rempli sa part du contrat, c'est son droit. Cet ex-mouvement rebelle allègue que 80% de l'accord ne sont pas exécutés par la partie gouvernementale. On aurait mis les membres du Cndp au gouvernement, ils estimeraient que le contrat est rempli. Cela ne trompe personne. Les rebellions qui ont endeuillé l'Est de la Rdc se veulent comme tremplin pour entrer au gouvernement. Quels sont les enjeux de cette réunion d'évaluation de l'Accord qui feraient de la présence de Raymond Tshibanda une nécessité ?
Les enjeux sont ailleurs
A notre avis, l'enjeu le plus important, c'est que le Cndp devenu parti politique se prépare aux prochaines élections, tremplin obligatoire pour être membre du gouvernement dans ce pays. L'autre enjeu, c'est la lutte contre les Fdlr en vue de déblayer le terrain pour le retour des réfugiés. Cela était une revendication fétiche du Cndp pour justifier le recours aux armes. Nous estimons également qu'il ne revient pas au Cndp de continuer à s'ingérer dans la gestion des hommes que ce mouvement a versé dans l'armée nationale.
Lorsqu'on dit tout ceci, cela ne veut nullement dire que la partie gouvernementale serait sans reproche dans l'application de cet accord. Le premier reproche, c'est d'avoir accepté et signé que le Cndp qui n'avait pris part à aucune élection, entre dans les institutions du pays qui, elle, à part la magistrature, se constituent au regard des résultats des urnes. Mais, il serait aussi complaisant de faire croire que l'application de cet accord serait aisée. Que le gouvernement ait pris l'option de répondre progressivement aux exigences de l'accord, cela est essentiel. L'intégration par exemple des ex-rebelles dans l'armée nationale n'est pas sans poser des problèmes de logistiques face aux moyens réduits de l'Etat. Personne de bonne foi ne peut y voir une certaine manifestation de la mauvaise volonté.
Joachim Diana G.
La Rédaction
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