Goma, le 03-07-2010
Dette annulée, le plus dur est à venir
« Roi le devenir, couronne la gardera », dit un adage. Les institutions de Bretton Woods viennent de se prononcer sur la dette de la République démocratique du Congo. Elle sera effacée. Faut-il s’en réjouir ? Ce n’est pas interdit. Cela fait plus de six ans que la RDC court derrière cet effacement de la dette, mais en vain. Cette fois, c’était bien la bonne. Tant mieux. Mais il ne faut point oublier l’essentiel en accédant au point d’achèvement afin de bénéficier des facilités élargies du programme PPTE, Plus d’efforts sont nécessaires pour maintenir la tête au-dessus des flots. Le plus dur est donc devant nous en vue de sortir totalement de l’auberge.
Le suspense a prévalu jusqu’ au bout. Preuve que les négociations étaient âpres. Il y a eu même des incertitudes lorsque le Canada s’est dressé en obstacle, battant le rappel des troupes de ses congénères du G 20 pour empêcher le FMI et la Banque Mondiale d’accepter que la RDC atteigne le point d’achèvement. Attitude qui obligeait le FMI et la Banque Mondiale à opérer un choix difficile entre considérations économiques et politiques.
En fait, les institutions de Bretton Woods devraient se prononcer sur les « sept déclencheurs » qui permettraient à la RDC d’accéder au point d’achèvement. C’est sur ces considérations que la note positive est tombée. La RDC est admise au point d’achèvement.
A en croire les premiers éléments d’information, le Congo – Kinshasa bénéficiera d’un effacement de dette de l’ordre de 8 milliards de dollars d’ici la fin de l’année sur les 12 milliards du montant total. Ensuite, l’on effacera 1 milliard, portant ainsi à 9 milliards le montant de la dette à effacer.
Il s’agit là d’une véritable bouffée d’oxygène qui conditionne la RDC à réajuster son budget pour autant qu’elle n’est plus astreinte à des exigences dues au service de la dette. Une contrainte qui a toujours soulevé des débats houleux quand on sait que bon nombre d’analystes et personnalités politiques tant nationales qu’étrangères qualifient cette dette « d’injuste ».
L’objectif poursuivi depuis des années vient d’être atteint. Mais attention.
PAS DE REVE
Il est important de souligner que la RDC n’est pas le premier pays africain à bénéficier d’un allègement de la dette. Le Cameroun et le Congo-Brazzaville, pour ne citer que ces deux Etats, ont rempli les mêmes conditions imposées par les institutions de Bretton Woods. Faut-il affirmer aujourd’hui que ces deux pays ont réalisé un boom économique et social ? Les statistiques ne le soulignent pas avec force. Au plan social et interne, la misère des populations n’est pas encore en grande partie soulagée tant il est vrai que les contestations sociales n’ en finissent pas. Quant aux organisations internationales, à l’exemple de Transparence Agency, elles ne cessent de multiplier des critiques contre les autorités de ces pays dans le cadre de la lutte contre la corruption. Comme pour dire que l’effacement de la dette n’est pas toujours la panacée. Bien au contraire, il appelle à plus de bonne gestion.
Il est vrai qu’en République démocratique du Congo, au regard de ce satisfecit des institutions de Bretton Woods, il n’est pas interdit de sabler du champagne. Mais gare à l’autosatisfaction qui conduit toujours à la mal gouvernance.
Si les institutions de Bretton Woods ont allégé la dette, elles n’ont pas pour autant déclaré qu’elles fermaient désormais les yeux devant la gestion des finances publiques de la RDC. Non.
Aussi, réagiront-elles devant toutes dépenses ostentatoires, dénonceront toute tendance à s’ancrer dans un nouveau cycle d’endettement. Bien plus, l’argent effacé n’est ni liquide ni ne sera logé dans un compte en banque de la RDC. Mais il s’agit bel et bien de « l’argent congolais » destiné au paiement de la dette qui doit être réaffecté aux projets de développement économique et l’amélioration des conditions sociales des populations sous l’ œil vigilant du FMI et de la Banque Mondiale. Donc, ces deux institutions continueront à veiller à la bonne gestion des finances publiques.
Voilà qui explique les instructions sur l’accroissement des recettes, le respect de la chaîne de dépenses et l’harmonisation des rapports entre le Gouvernement et la Banque centrale du Congo. Au-delà, ces deux institutions financières internationales seront très attentives à la lutte contre la corruption, à la mauvaise exécution du budget. Que le moment est venu de dégager des stratégies de politique économique et sociale pour susciter des énergies nouvelles afin de sous-tendre l’action du Gouvernement.
UN NOUVEL ETAT D’ESPRIT
Pour garder cette « couronne » que le FMI et la Banque Mondiale viennent d’accorder à la RDC, il n y a pas trente six manières d’aller de l’avant que de quitter les vieux sentiers battus de l’ irrationalité. La rigueur et l’orthodoxie financière doivent être de rigueur pour éviter tout dérapage qui conduirait à un nouveau cycle d’endettement.
En effet, les maux qui rongent la société congolaise sont connus de tous : le clientélisme, le tribalisme, la corruption, l’impunité, le triomphalisme, l’incurie, la gabegie financière, la recherche du gain facile, la maffia institutionnalisée, et la médiocrité. Pour combattre ces maux, il faut absolument introduire « un nouvel état d’esprit ». Le Chef de l’Etat a eu les mots justes en parlant de la « Révolution morale ». Ce n’est pas une partie de plaisir.
Franchement, la dette étant annulée, certaines personnes ont commencé à se lécher les babines. Manifestation incontestable que le plus dur est à venir.
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